L’Agora reçoit Pierre Moscovici, Jacques Santer, Philippe Lamberts et Nicolas Bay pour un Euro-débat

Le 22 mars dernier, à l’occasion des 60 ans du Traité de Rome, L’Agora recevait à sa tribune le commissaire européen Pierre Moscovici pour une discussion sur l’avenir de l’Union Européenne puis Jacques Santer (ancien président de la commission européenne), Philippe Lamberts (député européen Ecolo) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN) pour un débat sur le thème « 60 ans d’Europe : tous les chemins ne mènent pas à Rome ». Comment expliquer ce contexte de désolidarisation de l’Union Européenne, par quels moyens retrouver l’engouement de la création il y a 60 ans de cela et quelle attitude adopter face aux crises actuelles ?
Le désintérêt du grand public pour la question européenne serait dû, selon Nicolas Bay, à une démocratie en trompe l’œil de l’UE : les nations se sentent écartées des décisions politiques prises par la commission européenne ; vision démentie par M.Lamberts qui affirme que ce désamour s’explique par les récents choix politiques néo-libéraux faits par l’Union. Aussi, si cette dernière parvenait à reconnecter défis actuels et objectifs initiaux comme le partage des ressources et la construction de la paix, elle retrouverait le soutien de ses citoyens.
Afin de solidariser à nouveau les Etats membres, Jacques Santer propose une restructuration interne des Etats par le biais de réformes cohérentes. Ainsi, l’ancien président de la commission européenne demande plus d’Europe et espère un nouveau souffle pour l’UE. Pour cela, l’Europe peut compter sur ses atouts : elle est en effet le plus grand marché intérieur mondial et ce dernier doit être revalorisé en favorisant l’investissement dans l’innovation et la modernisation de l’économie. A l’inverse, selon le secrétaire général du Front National Nicolas Bay, la crise de l’Union Européenne a amené les Etats à l’impuissance collective. Aussi, il demande une Europe beaucoup plus souple, qui permettrait aux pays soit de coopérer soit de préserver leurs intérêts nationaux. M. Moscovici, quant à lui, parle volontiers d’une Europe à géométrie variable et plaide, avec Jacques Santer, pour un « faire plus ensemble » et avance le projet d’une Europe de la défense et d’une fiscalité commune. Le coprésident des verts va plus loin avec la nécessité d’un projet fédérateur basé sur la transition énergétique. En effet, seule une Union Européenne forte pourra peser face aux présidents américain et russe et agir efficacement contre le changement climatique qui menace toujours plus nos sociétés.
La solidarité de l’UE est aussi remise en question avec la crise migratoire. Cette dernière doit être une occasion selon Philippe Lamberts de réunir à nouveau les pays membres de l’UE grâce à la mise en place d’une politique commune. Politique qui permettrait l’accueil des réfugiés à hauteur des capacités de l’Union, c’est à-dire bien plus que les 0.2% de la population européenne aujourd’hui. Jacques Santer a lui aussi tenu à rappeler le devoir d’accueil qui incombe aux pays développés. Mais dans un pays comme la France où 9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté la priorité n’est pas, selon M. Bay, aux réfugiés économiques. Il propose donc la tolérance zéro afin de dissuader les migrants de venir risquer leur vie pour entrer en Europe et de stopper ainsi l’engraissement des réseaux de passeurs. Il ajoute que l’Union aurait plus intérêt à reverser une partie de ce que lui coûte l’immigration à des organisations humanitaires œuvrant dans les pays d’origine des migrants.
Ainsi, 60 ans après leur union, c’est en pleine crise migratoire que les pays membres se doivent de trouver le compromis qui relancera leur alliance.